Pour l’heure, pas de discussions formelles entre le centre saoudien KAICIID et la Confédération

Le 4 mars 2020, j’ai déposé une question écrite au Conseil d’Etat sur l'éventuelle installation du Centre du roi Abdallah Ben Abdelaziz pour le dialogue interreligieux et interculturel (KAICIID) à Genève. Le centre a dû quitter Vienne, après des controverses-- suite à un vote de la chambre basse du Parlement autrichien qui a appelé à sa fermeture en 2019.
 

Financé par le gouvernement saoudien, le KAICIID a le statut d’organisation intergouvernementale où d’autres Etats signataires sont associés (tels que l’Espagne et l’Autriche ou le Vatican qui y siège comme observateur). Depuis l’assassinatdu journaliste Jamal Khashoggi dans les locaux du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, de nombreuses voix se sont élevées pour demander la fermeture du Centre de dialogue.

J’estime que ce serait une bonne opportunité pour la Genève internationale d’accueillir cette organisation qui pourrait placer le Canton au cœur du travail pour la réconciliation entre les peuples et le dialogue interreligieux et interculturel. Le centre pourrait jouer un rôle constructif placé au cœur du canton et des organisations internationales.

Or, l’ironie n’échappe à personne : l’Arabie saoudite continue à avoir un bilan néfaste en matière des droits humains fondamentaux – et en particulier dans le domaine d’expertise du centre : la liberté de religion ou de conscience.Si le KAICIID peut être, au regard de certains, un instrument de relations publiques pour améliorer l’image du Royaume, il n’empêche que ses projets pourraient permettre de potentielles avancées. En guide d’exemple, certaines réformes des manuels scolaires saoudiens[1]qui ont effacé de nombreux contenus répréhensibles, donnent une lueur d’espoir. Même s’il y a beaucoup de réformes à faire et des prisonniers de conscience à libérer[2].

J’ai interpellé le Conseil d’Etat en posant les questions suivantes :

Est-ce que le centre s’installera à Genève, comme il a été indiqué dans la presse ? A travers son service du protocole qui veille à garantir un accueil de qualité aux organisations internationales, le Conseil d’Etat peut-il négocier un mémorandum d’entente appelant les Saoudiens à s’engager à des réformes en matière de liberté de conscience ? Et afin d’éviter les controverses produites à Vienne (et d’encourager le soutien de l’opinion publique genevoise) ce mémorandum peut-il expliciter que le KAICIID respectera pleinement la liberté de religion ou de conscience sur sol suisse ?

J’ai reçu une réponse complète : pour l’heure, le Conseil d’Etat n’est pas en mesure de confirmer l’installation du centre à Genève. En réalité, il appartient à la Confédération de traiter ce dossier, puisqu’il s’agit d’une organisation intergouvernementale et traite des Affaires étrangères. Des discussions formelles n’ont donc pas été entamées. Si le Conseil fédéral devait souhaiter conclure un accord avec le KAICIID, et à supposer que l’organisation choisisse Genève comme siège, alors à ce moment là le Conseil d’Etat serait consulté, voire devrait donner son accord.  

Je continuerai à solliciter le gouvernement genevois s’il sera impliqué à l’avenir.

Voilà comment on prévient le salafisme sur sol genevois tout en œuvrant à la coopération internationale —au lieu de bannir le port du voile dans des référendums populistes!   

 

 

[1] Par exemple, des passages misogynes, une section sur la sodomie soutenant la peine capitale pour les relations homosexuelles, des passages diaboliques sur les juifs et leur aspiration à la domination du monde – ainsi que le discours contre les chrétiens et les chiites, selon le Washington Post du 30 janvier 2021, « Saudi Arabia has been scrubbing its textbooks of anti-Semitic and misogynistic passages ».

[2] Par exemple, ceux-ci qui avaient été arrêtés ces dernières années en raison de leurs (libres) opinions : Raif Badawi, Samar Badawi, Alaa Brinji, Ashraf Fayadh, Sheik Hassan Farhan Al-Maliki, Ahmed Al Shamri, Ponnam Shankar.

 

Commentaires

  • A t on vraiment besoin d'un gros truc inutile de plus sur le territoire suisse??? NON bien sûr!!!! Il y a toujours derrière tout ça un coté néfaste pour nos pays!

  • Oui c'est bien connu a Geneve on lutte contre le salafisme. On laisse Hani Ramadan, le bossu de la tabaa, agrandir ses locaux et son frere Tarik declarer la guerre aux non-musulmans il y a un mois, dans un slam disponible sur le net.
    On se souvient aussi de la saga Sabine Tiguemounine dans l'hemicycle cantonal. Cette plaisanterie voilee a dure deux ans.

    Voici un lien sur un article dans le Temps de Saida Keller qui devrait vous enlever vos oeilleres et vous prouver que la Suisse est devenue une plaque tournente du salafisme des freres musulmans et de vos amis saoudiens.

    https://www.swissinfo.ch/fre/fondamentalisme-islamique_le-r%C3%A9seau-des-salafistes-en-suisse--bien-plus-qu-un-fantasme/43527632

  • @Laurent Lefort
    Merci pour l'adresse internet. Beaucoup de gens confondent ouverture d'esprit avec aveuglement.

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